Musicien du Métro - Le Blog de SuperTonin

Le Blog des aventures de SuperTonin, musicien dans le métro...

vendredi 21 décembre 2007

Vacances !

Départ demain pour une semaine, sans métro et sans internet... bonnes fêtes à toutes et à tous !

verbier

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vendredi 4 janvier 2008

2008 - C'est reparti !

Bonne année 2008 !
  Pas de résolutions particulières dans mon cas, je les ai déjà prises il y a 6 mois ;-) , je continue donc sur ma lancée, toujours aussi motivé !

  Vacances montagneuses au grand air, réveillon dignement arrosé, le congé d'une semaine s'estab_blogt prolongé plus que prévu, mais aprés tout, c'est aussi ça la vie d'artiste : choisir d'y aller ou pas, un luxe inaccessible dans la "vie normale".
  Cela dit, pas de scrupules, car j'ai passé les vacances à taper les grilles (partitions) de mes chansons afin de faciliter le jeu d'un saxophone, ou de tout autre soliste qui voudrait bien m'accompagner. Un sacré boulot quand même, j'en ai tapé une vingtaine et scanné une dizaine ; le temps d'imprimer tout ça au propre, et voilà, je m'en vais dès tout-de-suite (vendredi 04/01) pour essayer de retrouver Roger et de tester la justesse de mes grilles...

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Jour 19 : "Ta gueule !"

... où l'aléatoire fait se côtoyer le pire, comme le meilleur.

Commençons par le bilan technique : Châtelet, 3h, 37€ ... pas mal.

  Station Châtelet-les-halles donc, je me dirige tout d'abord vers un coin que je connais bien, passe devant les péruviens qui squattent prés du relais H... comme d'hab' ! Je continue, mais j'aperçois de loin le patron du magasin de légumes à 10m de la place visée ; rapé pour cette fois, mais des dires de son employé, il n'est pas là souvent, je re-tenterai donc un autre jour.
  Je finis par m'installerRio_Corcovado sur un embranchement intéressant, malgré le bruit des rames voisines, et le boom-boom encore audible même 3 couloirs plus loin (!), des péruviens nombreux et sur-équipés. A part ça tout baigne, après un quart d'heure de chauffe, les pièces commencent à tomber, lentement mais régulièrement. J'en déduis de plus en plus que l'attitude est déterminante : il suffit de faire sa musique sereinement, être "dedans", fermer les yeux, jeter un petit regard vers les gens mais pas trop, et de lancer un petit sourire au donneur de passage.
   Au bout d'une heure, très beau moment avec 2 brésiliennes qui ont chanté avec moi pendant vingt bonnes minutes, rejointes le temps d'une chanson par une poignée de touristes cinquantenaires (la tranche d'âge brésilienne la plus fréquemment touchée par cette musique... normal, pour eux, je fais des tubes sixties/senventies !). ça, c'était le meilleur.

  Cinq minutes à peine après leur départ, le pire. Une bande d'une dizaine de "sauvageons", lookés mode banlieue et encore boutonneux, s'approche bruyamment. De loin, j'entends "Ta gueule !" ; l'un d'eux fait rire ses copains en répétant sa connerie, la bouche cachée par ses mains façon "j'me mouche tu m'as pas vu". Très drôle. En passant ensuite à mon niveau, un autre me conseille : "hé t'as rien compris ! ça paye pas ta musique, le truc, tu vois, faut braquer... et vendre de la drogue". Pas con, j'y avais pas pensé. Ils passent ... puis repassent autour de moi, cherchant leur chemin, et un peu la merde. Leur manège aura duré 3 minutes, mais je suis resté choqué une bonne demi-heure, surtout que quelques instants après eux, une blondasse liftée, les mains sur les oreilles, me fait "pfff, c'est fort, c'est trop fort !" avec une grimace appuyée. Ok, c'est pas mon heure :-((
  Le calme revenu, en moi et dans les couloirs, les dons reprennent tranquillement, mais je commence à envisager de rentrer car les vacances m'ont fait perdre le rythme, et au bout de 2h30 mes doigts me font déjà mal.
  Soudain, en levant les yeux à la fin d'une chanson, le meilleur à nouveau : je vois et j'entends les applaudissements de 6 personnes, toutes d'horizons différents, qui profitent du spectacle adossées aux murs en face de moi ... et la "manche" devient concert !
  Du coup, je repousse la douleur une demi-heure de plus, puis capitule devant la dernière personne encore sur place, à cause de la fatigue, du froid, et surtout d'un besoin naturel qui me tiraille la vessie depuis un bon moment :-)

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mardi 8 janvier 2008

Jour 20 : L'art du déménagement

  Retour à Châtelet, bien décidé à retrouver Roger pour tester mes grilles fraichement imprimées. Comme d'habitude, l'espace prés du relais-H est occupé, cette fois par l'orchestre classique qui y joue aussi régulièrement. La photo en incrust' date d'il y a deux ans, je l'ai trouvée sur un blog, mais j'aurais pu la prendre aujourd'hui : même endroit (on distingue au fond, la paroi rouge du Relais-H), et même formation ! Ça fait d'ailleurs réfléchir sur mon avenir musical : serais-je encore là, dans deux ans, à faire la même musique ? L'idée fait un peu peur...
  On verra, pour l'instant, j'avance sans trop me poser de questions. Je considère l'aventure du métro comme une formation à la scène, mais j'espère ne pas en faire un métier comme c'est malheureusement le cas de la plupart des musiciens que j'ai croisé dans les couloirs, accrédités ou non.

  Je continue et m'approche du magasin de légumes, surprise, il est fermé !? Donc pas de patron râleur :-), je m'installe tranquillement et assure une heure de prestation, avant d'être délogé par deux contrôleuses au sourire gêné. Rien de grave, mais je dois aller faire du bruit ailleurs : le RER est bloqué suite à un malaise sur la ligne B, et les voyageurs s'entassent péniblement à quelques mètres de moi devant un couloir déjà bondé, tandis que des agents RATP essaient, tant bien que mal, de les rediriger vers d'autres lignes. C'est la raison de mon éviction : les filles m'expliquent désolées, que ma musique les empêche de donner les instructions aux voyageurs, et qu'il y en a au moins pour 20 minutes.... ok j'ai pas trop l'choix, de toute façon, j'avais remarqué le bouchon depuis un quart d'heure, et constaté que les pièces ne tombaient plus à cause de cet événement perturbateur. Je me retrouve donc de l'autre coté du tapis roulant, là-où-les-gens-te-marchent-dessus (voir J-17), en attendant que la situation se débloque.

  Une heure plus tard, alors que je commençais à m'habituer à l'indifférence ambiante, je subis la présence rapprochée de deux SDF, genre "zonard 30/35 ans, clope au bec, et bière-canette de 50cl à la main"... les mecs parlent fort, m'enfument... les minutes sont longues. L'un d'eux vient même me taxer la gratte pour faire son numéro de séduction à la jeune paumée qu'ils venaient d'accoster, sous mon nez, en lui extorquant une cigarette. Je tente de refuser, mais le mec insiste poliment et je lâche l'affaire, puis saisis la belle occasion : "de toutes façons je dois partir", et j'en profite pour ranger le matos pendant que ses doigts crades pourrissent mes cordes. Tout est rangé illico, y'a plus qu'à récupérer la guitare... petit sourire faux, poignée de main, "bah c'était sympa à plus !" (c'est ça ouhais...) magnifique extraction !

  Il est 19h10 et je décide de retourner prés du Relais-H voir si l'endroit s'est libéré... oui ... heu... oui, mais ... glaglagla, y'a du vent ici !?? Bon ça va, je suis sur-équipé et les vacances à la montagne ont rodé ma carcasse aux températures les plus extrêmes, alors j'y vais quand même pour enfin me frotter à cet endroit mythique. Et en effet, ça se confirme, à part le vent, ce coin est idéal : du passage dans tous les sens, de la place, une bonne acoustique, et même des escaliers qui se transforment en gradins, puis en balcon (d'où est prise la photo incrustée plus haut) plongeant sur l'emplacement qui devient une véritable scène. Du coup, cette configuration fait qu'il y a très souvent des personnes qui s'arrêtent pour écouter plusieurs secondes, même plusieurs minutes.... plaisir de jeu garanti !

  Alors finalement combien !!? 28€ pour 3h de musique... très moyen. Pourtant les dons ont été réguliers durant les trois périodes, mais j'avais le nez bouché et la gorge un peu irritée, faut croire que ça devait s'entendre :-)

--------------- /// Edit Février 2008 ///

La photo ("l'oeuvre originale") qui illustrait cette journée a été remplacée par une vidéo prise par mes soins, suite à une demande de respect des droits de la morale du papa de l'auteur (ou quelque chose comme ça...) :

Bonjour,
Aucune demande n'a été faite dans le commentaire: si toutes les personnes qui en avaient laissé un m'avaient "emprunté" une photo au passage, celles-ci seraient devenues très connues sur le web.
  Je regrette surtout de découvrir incidemment ce fait plutôt que par une demande formelle.
  Je ne connais pas trop canal blog, mais les plates formes de blog demandent en général à ce que soit respecté le droit de la propriété intellectuelle, lequel s'applique même sur internet:
  La transmission au public sur internet de photographies par l'auteur, ne signifie pas l'abandon des droits (moraux et patrimoniaux) sur celle-ci. Pour sa reproduction (droit patrimonial), vous devez demandez l'autorisation de l'auteur et indiquer son nom (droit moral).
  Personnellement, vous pouvez utiliser cette photo, mais notez au moins de qui elle vient et où vous l'avez prise.
Cordialement et bonne continuation,
Christian

tout ça pour ça...

--------------- /// Edit Février 2008 ///

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mercredi 9 janvier 2008

Jour 21 : Soldes !

nez_coulant  Aujourd'hui, j'y suis allé à reculons ; en fait, j'ai le nez qui coule depuis le lever, et je ne me vois pas jouer et chanter avec un mouchoir à la main ! Volontaire, je décolle tout de même, une heure plus tard que d'habitude.
  Pas de Roger hier à Châtelet ... y sera-t-il aujourd'hui ? Dans le doute, je choisis de faire dans la nouveauté en visant "Franklin D. Roosevelt" (spot prétendu intéressant), mais en passant par St-Lazare, je trouve un nouveau couloir qui réunit de très bonnes conditions de passage et de température. Je n'ai que 2h30 devant moi, après tout, pourquoi pas ?

  Un long couloir, très large, très passant, mais à l'acoustique très caverneuse. Le problème, c'est qu'avec l'ampli à coté de moi, je n'ai aucune idée de ce qu'entendent les gens à 30m, 10m, 1m... pas facile étant seul, de jouer aux ingés son, d'autant que le moindre changement d'orientation de l'appareil modifie considérablement ce que j'entends moi-même. Là, même pour moi, la résonance est énorme, mais il est parfois intéressant de jouer avec, alors je m'y risque (reverb' à 0 sur l'ampli), mais n'imagine pas y revenir en groupe.

Bilan : 2h15 / 21€. Pas de grand évènement, ça ressemble à J-16 , à croire que St-Lazare a son style :-).

  Trois petites anecdotes tout de même : la dame qui me laisse une pièce alors que je finis à peine de brancher ma guitare "je n'ai rien entendu, mais... tenez !" puis celui qui, 2h plus tard, refait presque la même pendant que je plie le barda "je n'ai entendu que quelques notes au loin, mais ça avait l'air bien !". Le meilleur est arrivé au bout d'une petite heure : un jeune homme est venu me donner une pièce, puis s'est installé à l'autre bout du couloir les yeux en l'air, bercé par la musique. Il est resté une bonne demi-heure, puis a attendu poliment la fin d'une chanson pour prendre congé, avec un petit signe de la main. Je l'ai carrément remercié au micro ! :-)

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jeudi 10 janvier 2008

Jour 22 : Forfait :-(

abandonMarre de chanter avec le nez bouché, aujourd'hui je reste au chaud.
... mais j'en entends qui s'étonnent... "pourquoi il dit ça aujourd'hui alors qu'il y a plein d'autres jours où il n'y va pas ?"

  C'est tout simple : j'ai organisé mon emploi du temps afin de donner un minimum de structure à cette nouvelle vie de liberté totale, et un minimum de stabilité à ma vie de famille. Actuellement, je vais donc jouer dans le métro du mardi au vendredi, et je m'oblige à tenir ce rythme du mieux possible... on va dire qu'aujourd'hui, je suis en arrêt maladie :-) (aurais-je gardé quelques vieux réflexes de fonctionnaire ?)

  Voici donc une transition idéale pour répondre à quelques questions fréquemment posées :
"où est-ce que tu joues ?"
- pour l'instant pas de station fixe, mais châtelet (coté ligne 1,14) est, et restera incontournable.
" quand ?"
- du mardi au vendredi, le plus souvent entre 16h15 et 20h15, heures d'affluence, mais je pense bientôt avoir assez d'endurance, et commencer plus tôt.
"pourquoi les messages du blog ont-ils deux jours de retard ?"
- les messages sont datés comme si j'écrivais, le soir même, le récit de la journée écoulée. Il se passe tellement de choses à chaque fois qu'il faut souvent un jour ou deux pour digérer les événements. Ensuite, il faut trouver le temps pour écrire tout ça de la façon la plus claire, et la plus attractive possible...

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vendredi 11 janvier 2008

Jour 22 (bis) : Bon appétit !

... ou l'inévitable rappel à la condition de mendiant.

tickets_restaurant  Aujourd'hui, recherche Roger désespérément, cap à Châtelet. Le magasin de légumes est encore fermé (voir J-20), cool, je m'installe, ici au moins, il faut chaud et j'ai de la place pour jouer.
  Bilan : bon score : en 2h30, j'encaisse 28€ + 0,5$ + .... un chèque-restaurant de 5,80€ !! Tiens, c'est la première fois qu'on me la fait celle-là. C'est arrivé pendant un très bon moment : un jeune homme, puis un autre, s'adossent au mur en face pour m'écouter, et je me retrouve assez rapidement avec un public de 6 personnes. C'est l'effet de masse classique, l'intérêt crée l'intérêt, dans le même principe que le bac-à-promo dans un supermarché : il peut rester inaperçu pendant une bonne demi-heure, mais il suffit qu'une seule personne s'y plonge pour que tout le monde s'empresse et s'agglutine autour, en quête de la bonne affaire.
  Mais je m'égare, revenons à cette demi-heure bien agréable : au bout de quelques minutes, une spectatrice vient déposer un papier plié dans ma coupelle... wahh, on dirait un billet de 10€ ... entre deux chansons, je ramasse et déplie le papier rougeâtre... non, ce n'est pas un billet mais un chèque-restaurant !? La perplexité fait vite place au pragmatisme : les gens ne savent rien de ma situation et donnent très souvent par charité, je l'avais déjà remarqué, alors après tout je ne vais pas cracher dans la soupe (populaire), ce sont bel et bien 5,80€ de gagnés !
  Les 2h30 passent étonnamment vite, même pas mal au doigts, je commence à être bien rodé :-). Vers 19h, je décide d'aller explorer le secteur du Relais-H, toujours à la recherche de Roger qui a l'habitude de jouer à deux couloirs de là. Pas de musique, l'endroit est libre, mais un clodo est un train d'uriner sur le mur que je convoitais... glups ... allez, de toute façon y'avait trop de vent !
  Je m'en vais donc occuper une bonne place tout prés des quais de la ligne 1, découverte grâce à Roger le jour de notre rencontre (voir photos J-17 et J-18), et là, carton plein : 18€ en 1h avec en plus... encore un chèque-déjeuner de 6,40€ !! C'est curieux, en 20 jours de métro, rien, et aujourd'hui, deux d'un coup !

  J'ai beau essayer, depuis le début, d'analyser les paramètres, de chercher à comprendre ce qui déclenche le don, ce qui motive le montant de ce don, pourquoi les gens s'arrêtent ou pas, etc... mais je crois qu'il faut s'y résoudre, le paramètre le plus influent reste définitivement le hasard !

Morale de la journée  : le métro c'est un vrai job, t'as même droit aux tickets-resto !
(mais faut pas avoir faim tous les jours...)

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mardi 15 janvier 2008

Jour 23 : Sale musicien, sale journée.

chatelet_les_halles  Aujourd'hui c'était un peu la flemme... châtelet ? pas châtelet ?
Le problème, c'est que châtelet, c'est the-place-to-be, l'endroit où les rencontres se font, et c'est principalement ce que je cherche pour faire avancer mon projet. Mais c'est aussi l'endroit où on se fait le plus "déranger" (pour ne pas dire emm...der). Pas une heure ne se passe sans que, au choix :
- un clodo plus ou moins abruti par l'alcool me squatte et/ou m'interpelle pendant 10 bonnes minutes, qui là paraissent une heure...
- des gens shootent dans mon ampli ou mon pied de micro puis continuent leur chemin mine de rien, s'excusant à peine voire pas du tout (bon, faut dire que je suis souvent dans le passage, mais là je me sens vraiment transparent), ne remettant jamais les choses en place !?
- des petits caïds à deux francs viennent me provoquer pour me montrer qu'ici ils sont chez eux, ce qui est de loin la situation la plus stressante.

  Evidement, les rondes de policiers/agents/autres sont régulières, mais bien trop rares pour se sentir vraiment en sécurité, et la présence permanente du monde qui passe autour n'a que l'apparence du rassurant. J'imagine (et j'espère) qu'en cas de gros pépin quelqu'un interviendrait, mais ne sera-t-il pas déjà trop tard ?
  Des embrouilles à châtelet, il y en a donc à chaque fois, ce qui n'a rien d'étonnant pour les parisiens qui connaissent inévitablement cette station. Ici, il vaut mieux passer que s'attarder ; pas de chance pour moi, je reste 2 à 3 heures au même endroit, seul, et encombré de matériel fragile et coûteux. Pour bien faire sentir l'ambiance, en voici une récente arrivée J-20, prés du magasin de fruits et légumes :
Deux "jeunes des banlieues" passent et repassent comme s'ils cherchaient quelqu'un, puis l'un d'eux vient me voir :
"hé m'sieur, j'peux chanter un truc dans ton micro ?" (avec l'accent qui va bien)
- bein heu... en fait heu... non pas là, tu vois ....là je travaille..." (sourire jaune, faussement désolé)
à ce moment précis, c'est l'instinct de survie qui parle. Il faut en une seconde modérer la répartie et adopter la bonne attitude, c'est à dire trouver le moyen de se faire respecter tout en gardant à l'esprit qu'un seul faux-pas peut tout faire basculer. Apparemment, c'était une bonne réponse : il n'insiste pas et conclue simplement d'un ton méprisant "ah wouhais, tu travailles ? ...... faut vend' du shit !!" (était-ce le même que J-19 ?) avant de s'en aller, traînant des pieds avec sa démarche de glandeur, les mains bien enfoncées dans les poches de son survêtement de marque américaine.
  La scène n'aura duré qu'une minute ou deux, mais l'impact psychologique de ce genre d'instant est profond puisqu'aujourd'hui, le fait de me diriger vers châtelet est teinté d'une légère angoisse. C'est bien dommage car je le disais au début, c'est aussi là que se font les bonnes rencontres, humaines bien sûr car le retour du public y est toujours plus important qu'ailleurs, mais aussi musicales et professionnelles car entre autres, je suis en contact avec Jim, un pianiste de jazz rencontré prés du Relais-H, et nous préparons actuellement un duo bossanova afin de se produire dans divers bars et restaurants.

  Bon, j'écris déjà depuis une page et je n'ai même pas commencé à raconter cette journée ! En fait, cette réflexion sur Châtelet fait aussi partie de la journée : c'est en repensant à tout ça et à toutes les autres embrouilles survenues là-bas, que je décide au dernier moment de chercher un peu de sérénité et de retourner dans le long couloir caverneux découvert à St-Lazare J-21.
  Malheureusement au bout d'une demi-heure, un binôme de jeunes contrôleurs vient me signaler que ce couloir appartient à la ligne 14, tout en m'expliquant le principe de cette gestion sectorisée, ligne par ligne : "Vous voyez, là-bas (m'indiquant l'extrémité sombre du couloir), et bien à partir de là, c'est la ligne 9, et là c'est bon, vous avez le droit"
- oui mais là-bas, il fait froid et noir... blablabla... mais pourquoi ... blabla  ... parce que bon y'a que 15m d'écart...
- bah oui, on est désolés... mais c'est la consigne : la ligne 14, c'est la vitrine de la RATP, 'ils' veulent que ça reste propre, et là, ici, c'est encore la 14, donc..."
... et un musicien de rue, c'est bien connu, c'est sale ! :-(

  C'est boulant je commençais juste à être chaud, maintenant il faut remballer et trouver autre chose ! Foutu pour foutu, je décide d'aller tenter ma chance et d'explorer ce que j'ai nommé "le triangle d'or" (même si c'est une droite plutôt qu'un triangle) à savoir, le trio d'échangeurs Franklin-Roosvelt – Champs-Elysées-Clémenceau – Concorde. Bien évidemment, tout est booké, toujours les mêmes, à la même heure, à la même place, jouant quasiment les mêmes morceaux. Le système est toujours aussi bien rodé (à droite en vidéo, l'accordéoniste qui fait la fin de journée à Franklin-Roosvelt), ici le métro est apparemment devenu un metier aux horaires et aux revenus quasi-stables. Je pousse donc un peu plus loin, sur la même ligne (1), et je m'installe une heure à Palais-Royal, "l'endroit de mes débuts", pour y encaisser une quinzaine d'euros (pas si mal en 1h !). Mais ici, le bruit incessant des rames dérange, puis énerve, fatigue les oreilles et gâche la musique. A cela s'ajoute un petit vent frais qui glace les doigts... c'est en trop, je range !
  Dépité, je termine mon errance à Châtelet vers 18h30 pensant y trouver une place pour une dernière heure, mais là encore, tous les bons plans sont occupés : les amis sax' (dont Roger) se partagent des solos endiablés à trois au Relais-H, Vanupié le rasta-blanc fait un carton au magasin de légumes devant un public de 20 personnes (la vidéo n'est pas de moi, mais l'endroit est bien le même !), et pour finir, la petite vielle semi-aveugle que je voyais depuis des années à Opéra alterner désespérément ses deux seules chansons d'Edith Piaf à capela (Milord & La vie en rose) en roulant exagérément les "rrrr", m'a piqué le coin prés des quais de la ligne 1, là où j'avais "bien ramassé" J-22. Il ne me reste plus que l'emplacement minuscule à l'autre bout des tapis roulants (là-où-les-gens-te-marchent-dessus), sachant que ceux qui vont débouler devant moi ont encore la musique énergique de Vanupié dans les oreilles... hum, laisse tomber, vraiment pas motivé aujourd'hui, je rentre à la maison ruminer sur cette mauvaise journée.

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mercredi 16 janvier 2008

Jour 24 : Le train-train, ou presque...

  Frustré d'avoir vu 'mon' coin prés du magasin de légumes occupé la veille, je pars cette fois directeRideau_ferment vers cet emplacement qui a l'avantage de laisser au musicien, s'il est seul, un espace de jeu suffisant pour ne pas se faire marcher dessus. Inconvénient, le patron de la boutique peu mélomane ne tolère la présence d'aucun artiste dans son rayon d'action, qu'il soit accrédité ou non. Par chance il n'est pas souvent sur place et ses employés eux, laissent faire, peu concernés par la question, semblant même apprécier l'animation (enfin ça dépend laquelle car une fois, le vendeur m'a demandé d'arriver avant Vanupié qui lui cassait les oreilles...).
  Depuis 10 jours le rideau de fer était baissé, évitant ainsi tout conflit avec le père-fouettard, mais aujourd'hui surprise, alors que je pensais l'équipe en vacances pour 2 semaines, l'étalage est éclairé et expose fièrement ses aubergines lustrées... le patron est-il là...? non... nouvelle surprise, ce sont deux nouveaux qui occupent les lieux et servent les clients. Y aurait-il eu un rachat ?
  Pas trop le courage de négocier leur accord ; faisant une concession sur le manque d'espace (particulièrement à l'heure de pointe) je préfère partir d'emblée au fameux "quai de la ligne 1", secteur supposément lucratif, en tous cas d'après mes dernières expériences. D'ailleurs, pour tester pleinement son potentiel, j'y reste cette fois mes trois heures en continu et.... 41€ ! Pas mal, c'est un score que je considère dans la moyenne haute.

  Comme toujours à Châtelet, des anecdotes à la pelle, mais ouf, cette fois pas de véritable embrouille. La plus amusante (et la plus originale) était certainement l'histoire de la brésilienne sur-excitée qui devait prendre son train, résumé :
  Une jeune noire* archi-maquillée, un peu forte et tirant une valise avec l'air pressée, déboule à coté de moi et m'accoste en pleine chanson "oh, c'est super j'adore, vous êtes brésilien ? Je peux chanter ? vite vite, j'ai un train à 18h30 à Gare de Lyon" (il était 18h10 !); elle commence donc à chanter à mes cotés, faux comme une casserole... jusqu'ici tout allait bien, avec mon micro, je la couvrais largement ;-), mais à la chanson suivante, elle me pique le micro et me demande quelques standards. Comme elle était rigolote, je laisse faire et exécute les demandes, mais ce qui était drôle au départ est rapidement devenu gonflant. Elle commençait les chansons, toujours aussi déton(n)ante (ici les deux orthographes conviennent), et br_silienne_Mos'arrêtait au bout de 2 phrases faute de paroles... Elle me tendait alors (mal) le micro, puis le reprenait aussitôt pour continuer la phrase que je venais de lui remémorer.
  Musicalement c'était tout bonnement insupportable, mais pour les passants le spectacle était digne d'un numéro de cirque, et tout le monde jetait un œil souriant devant sa joie de vivre proche de l'hystérie. Entre chaque chanson (que j'écourtais au maximum, une grille maxi !) elle demandait l'heure aux gens en répétant qu'elle avait son train à prendre, et chaque fois voyant les minutes défiler, je l'encourageais à se dépêcher de partir pour ne pas le rater... en vain ! "Juste une dernière, vite vite il faut que je parte !" criait-elle -"bah oui, faut y aller, vite vite, allez !" répondais-je toujours en vain. Quinze minutes plus tard, elle avait carrément décidé de rester chanter avec moi et de prendre le train suivant... glups... comment je vais m'en débarrasser ?? N'ayant plus l'argument de l'horaire pour l'inciter à déguerpir, j'ai pris sur moi et mon amabilité naturelle, et je lui ai demandé de me laisser jouer seul en lui disant franchement qu'elle ne chantait "pas très juste", et que c'était "difficile de la suivre", et tout et tout.... hum, pas simple... sur le coup elle ne percute pas, c'était comme si elle ne m'avait pas entendu !! (j'aurais peut-être pas dû rester souriant) Elle me demande encore une autre chanson, puis son cerveau semble enfin comprendre mes mots (alors qu'elle parlait parfaitement le français), elle prend subitement un ton raisonnable inédit, et me lance "bon, je crois que j'ai un train à prendre... merci beaucoup, c'était super... au revoir !". Soupir de soulagement... c'était drôle, mais il était temps que ça s'arrête :-|
  La scène était comique au point qu'il en existe une vidéo d'une trentaine de secondes, j'espère seulement que le touriste qui immortalisât ce moment culte tiendra sa promesse de me l'envoyer par mail... En attendant, la photo ci-dessus donne une image assez fidèle, avec une tenue plus couverte bien sûr :)

* Peu de pays au monde sont aussi bigarrés que le Brésil, et c'est vrai même à Paris ! J'ai pu le vérifier sur le terrain, les brésiliens que j'y ai rencontré étaient à parts comparables, noirs, métissés (noirs ou latinos) ou blancs. C'est marrant parfois, à force de croiser beaucoup de brésiliens (ils sont les plus nombreux à venir me parler) j'ai un peu l'impression d'y être :-)

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jeudi 17 janvier 2008

Jour off pour la bonne cause

Ce soir c'était :

Concert Philippe Le Gall !
  Promis depuis plusieurs mois, voici enfin le 1er concert de Philippe Le Gall avec section rythmique ! Après une année de concerts en acoustique (
9 dates en 2006/2007), la formation s'est agrandie pour accueillir un batteur et un bassiste.

Voici donc :
Philippe Le Gall à FLATEURVILLE, le 17 janvier 2008 à 21h
24 cour des Petites Écuries -  75010 Paris
(ATTENTION, ce n'est pas la rue des petites écuries !
PLAN Google )
Entrée libre / Chapeau

Philippe sera accompagné sur scène par :
Arnaud Longé (piano/claviers)
Antoine Barret (guitares) / alias SuperTonin
Charles-Henri Lonjon (basse)
Bruno Véron (batterie)

Plus d'infos :
http://phlegall.free.fr
http://www.flateurville.com

La soirée s'est globalement très bien déroulée, merci à tous ceux qui ont fait le déplacement :-)

En attendant un extrait du concert, voici FLATEURVILLE comme si vous y étiez :

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