mercredi 12 mars 2008
Jour 34 : Erreur bloguante
"que se passe-t-il, tu ne donnes plus de nouvelles ?"
bein.... ch'ais pas, la lassitude peut-être...
En fait, que dire après une journée comme celle de ce 19 Février dernier ? Rien de vraiment nouveau, Châtelet, 19€ en 2 heures, pas d'embrouille, à peine un ou deux clodos de passage, bref, la journée moyenne par excellence, sans-doute le train-train de trop.
Depuis ce jour, je me retrouve partagé entre l'envie de raconter fidèlement cette 34ème excursion, et la peur d'ennuyer le lecteur (et moi-même) avec de telles banalités. Une problématique déjà rencontrée mais qui entraîna cette fois diverses réflexions, sur entre autres, l'envie de continuer cet exercice d'écriture mais avec le besoin inéluctable de se renouveler, le temps "dépensé" à écrire et à mettre en forme ces messages jour après jour, temps pendant lequel j'aurais parfois voulu travailler mon instrument ou de nouvelles chansons, un plaisir devenu trop rare ces dernières semaines mais aussi une tâche indispensable pour ne pas perdre de vue le but de ces 'vacances prolongées' : jouer, gratter, chanter, le plus souvent possible, et essayer d'en faire un métier qui me nourrisse, mais toujours en gardant la flamme, l'envie, l'amour de la musique. A ce propos d'ailleurs, le projet s'oriente de plus en plus vers une sortie progressive du métro : je viens juste de recevoir mes nouvelles cartes de visite "BossaClassicS" (voir plus haut) et je dois maintenant essayer de passer plus de temps à démarcher les bars et les restaurants.
Après avoir longuement mûri tout ça, j'ai pris la décision d'orienter le récit du blog vers la suite logique de son objet initial, suite qui pourrait s'intituler "Itinéraire d'une vie d'artiste", et de résumer certaines journées au plus court, juste pour en garder la trace, un petit plaisir de collectionneur nostalgique mais qui a aussi motivé la création de ce blog.
Aussi, la datation des messages devient dés aujourd'hui "réelle" (et non plus "datés comme si j'écrivais, le soir même, le récit de la journée écoulée" Jour-22bis), je préciserai ensuite la date des faits pour continuer de satisfaire ma maniaquerie conservatrice... on ne peut pas tout changer quand même !
jeudi 20 mars 2008
Jour 35 : "Tsss-Tsss"
(Journée du 20 Février 2008)
Sans surprise, c'est le retour à Châtelet : difficile de changer de coin tant que les températures ne remontent pas. L'emplacement prés du magasin de légumes (repérable sur cette vidéo) devient donc mon QG pour l'hiver, et ce malgré les quelques désagréments de la station Châtelet.
Sourire et serrage de pinces aux vendeurs avec qui j'ai maintenant un très bon contact, ils ont même l'air contents de me voir, ça fait plaisir :-). Branchements et réglages en 5 minutes, les gestes s'enchaînent de façon mécanique, un peu comme si j'arrivais au bureau... normal au bout de 3 mois et demi d'activité, mais c'est amusant de voir le contraste avec mes débuts. Avant, je mettais un bon quart d'heure pour tout installer et me cachais des passants pour verser "l'amorce" dans la coupelle (ces quelques pièces de 10 et 20 cents qui indiquent tacitement que "c'est par là qu'on donne") de peur qu'ils ne découvrent la supercherie. Aujourd'hui j'ai l'impression de faire partie des meubles. La foule m'apparaît comme une colonie de fourmis sans âme, sans individualité, qui se déplace prestement d'un couloir à un autre. Parfois une fourmi intriguée s'arrête devant la cigale qui grattouille au bord du chemin, et les deux insectes redeviennent humains le temps d'un instant :-)
D'autres fois, la rencontre reste animale, sauvage même, comme ce jour là quand deux jeunes branleurs lookés banlieue sont venus faire aboyer sur moi leur chiot de catégorie 12. Ils passent d'abord une première fois, mais ne font gueuler la bête que quelques secondes avant de poursuivre leur chemin... puis de revenir s'installer au plus prés de mon flanc gauche, un genou à terre devant mon ampli. Le jeu devait être amusant, ils se remettent à attiser la fureur (bruyante mais pas si méchante) de leur petit rottweiler, tirant sur sa laisse des petits coups secs rythmés par des "Tsss-Tsss" (genre 'choppe-choppe !'). Je m'arrête d'abord de chanter, mais voyant que le manège est parti pour durer j'arrête carrément de jouer, pose la guitare sur mes cuisses et leur lance d'un air dépité "mais... pourquoi vous faites ça ??". Bonne question... visiblement surpris de m'entendre parler français sans accent latino, ils réalisent leur niveau de connerie (si c'était possible) et se relèvent brusquement en me rétorquant d'un ton hargneux -"heu... c'tait comme ça quoi !" l'air de dire "c'était pour voir ce que ça faisait" ... bah oui tiens, pourquoi pas...
Tout s'est passé si vite, je n'ai même pas eu le temps d'avoir peur ! En plus le chiot, bien qu'agressif, faisait la taille d'un petit caniche et semblait facile à neutraliser, du moins c'est ce que j'imaginais en me préparant à lui filer un bon coup de savate en cas d'attaque :-). Sur le coup, c'est même la pitié qui a pris le dessus, désespéré que j'étais de voir un tel désoeuvrement, une telle détresse humaine. Mais ces minables ont réussi leur coup, car comme pour chaque agression il m'a fallu une bonne demi-heure avant d'éliminer la scène de mon esprit ; demi-heure pendant laquelle je débite mes chansons sans vraiment faire de musique, autant de temps perdu.
Ce même jour, après 6€ et 1h15 de jeu, arrivent Jean-Laurent et son bongo. Tous deux veulent jouer avec moi mais le premier est un peu bourré ; comme il est très sympathique et que ma journée est déjà bien pourrie, j'accepte avec plaisir. Après tout, ça me changera les idées ! Jean-Laurent n'est pas du tout en rythme, sirote et fume entre chaque morceau, mais prend plaisir à jouer et vit les chansons avec intensité... c'est déjà ça.
L'ensemble reste peu musical, entre lui qui se décale régulièrement et moi qui ne parvient toujours pas à me concentrer sur la musique ; las au bout d'une heure et quart je préfère prendre congé poliment. Le bilan financier confirme la médiocrité de notre prestation : 7€/1h15 à deux... pas glop.
En bonus, je m'offre une petite vidéo de mon camarade de passage, histoire d'immortaliser l'instant et d'avoir l'impression d'avoir fait quelque chose de concret ce jour là :-)
lundi 24 mars 2008
Jours 36 et 37 : Vacances = disette
(Jour 36, le samedi 23 Février 2008)
Ce jour là, mon emploi du temps le permettant, je tente une nouvelle expérience : jouer un samedi ! Mais cette fois plus que jamais je décide d'éviter Châtelet, bien refroidi par la sortie précédente, et aussi persuadé qu'un samedi de vacances scolaires augmenterait mes chances de croiser la route de jeunes paumés prêts à déverser leur haine du système sur le premier venu, de préférence le plus vulnérable.
Comme il ne fait pas trop froid, je retourne à CDG-Étoile prés de ma boutique de cravates. Premier constat : peu de passage... serait-ce à cause des vacances ? Et puis la boutique est fermée, c'est mauvais signe. Tant pis, je m'installe quand même histoire de "faire tourner le répertoire", un exercice qui est devenu une de mes premières motivations à jouer dans le métro.
Bilan, y'a personne, y' fait froid, et 5€ en 2h... :-(
Mauvaise affaire, mais mes deux buts sont atteints : celui de répéter chaque morceau au moins une ou deux fois pour entretenir la mémoire, et celui de jouer au moins deux heures pour entretenir l'endurance, en particulier le souffle et la corne sur les doigts !
Bref c'est bien de positiver, mais aussi de savoir tirer la leçon d'un échec, c'est donc sans scrupules que je m'accorde une dizaine de jours à la campagne, loin de la folie urbaine, mais quand même avec du boulot plein l'ordi comme entre-autres, la mise à jour de mes grilles pour le concert du 16 Avril.
(Jour 37, le mardi 11 Mars 2008)
Retour de vacances en pleine forme, motivé, et prêt à reprendre "le boulot" le sourire au lèvres :-)
Encore et toujours Châtelet, prés du magasin de légumes dont le rideau métallique est baissé...? étrange d'ailleurs, on dirait qu'il y a moins de monde que d'habitude... sans doute une impression mais cette fois pas d'inquiétude, le flux reste assez important.
La reprise est difficile. Le contraste après dix jours passés au bord de la mer au milieu des arbres et des petits oiseaux est déprimant, ne serait-ce que pour l'odeur. D'ailleurs les gens aussi font la gris mine. Ainsi malgré ma grande motivation de départ, la sauce ne prend pas et les dons se font rares, entraînant une diminution rapide de mon enthousiasme... en fait, je devais être le seul à être heureux de retourner au travail !
Au final une journée pénible, et un bilan carrément mauvais : 15€ pour 3h. Le blues de la rentrée... tiens y'a une chanson à faire là !
samedi 29 mars 2008
Jours 38 et 39 : Nelson, suite et fin.
De moins en moins de temps pour écrire, et pourtant il y en a des choses à raconter ! Sur le démarchage par exemple, exaltant, parfois décourageant, mais qui commence à porter ses fruits puisque je fais deux essais la semaine prochaine, mardi dans un restaurant et jeudi dans un bar :-)
En attendant il me reste quelques résumés de "jours de métro" en retard... voici donc les nouvelles pas fraîches d'il y a 15 jours...
(Jour 38, le Jeudi 13 Mars 2008)
Châtelet le magasin de légumes, j'ai rendez-vous Nelson, le percussionniste chilien (voir Jour-27) que j'avais un peu perdu de vue faute de réelle motivation. Cette fois je prends les devants et insiste pour qu'il s'implique plus dans la musique, mais ce nouvel essai confirme son attitude : il est rythmiquement au point mais peu réactif, et surtout totalement absent musicalement. Difficile de se sentir en confiance dans ces conditions, ne le sentant pas avec moi j'ai aussi beaucoup de peine à m'impliquer, et mes nombreuses tentatives de communication visuelle ne nous font partager que de rares secondes d'harmonie musicale.
Bilan, 16€ à deux pour 2 heures... donc 4€/h/personne. :-( Un taux digne des plus mauvaises journées ! Financièrement ce n'est donc clairement pas intéressant pour moi, et bien que ce ne soit pas une priorité, ce résultat vient me conforter dans l'idée que notre prestation n'est pas à la hauteur de ce qu'on peut en attendre. Je lui explique mon point de vue franchement sans oublier de préciser qu'il est le plus demandeur et que je préfère jouer seul tout seul, que seul à coté de lui. Il se défend un peu et semble ne pas vraiment entendre ma plaidoirie, mais comme il promet de faire des efforts je décide de donner une ultime chance à notre duo et nous convenons du prochain rendez-vous, le mardi suivant...
(Jour 39, le mardi 18 Mars 2008)
Retour au même endroit, mais le coin est occupé par le duo Sax/Contrebasse (voir Jour-31). Je cours donc m'installer au "quai de la ligne 1" et Nelson m'y rejoint quelques minutes plus tard. Au début de chaque morceau je cherche à le faire entrer dans l'ambiance de la chanson, mais son intérêt ne dure que les premières secondes et son regard se perd à nouveau rapidement dans la foule qui passe, donnant moins l'impression de faire de la musique que de pousser des wagons à la mine !
Chaque fois je tente de reformuler ma demande le plus respectueusement possible, mais lui conteste mollement, l'air plus absent que jamais. Je finis même par le filmer pour essayer de lui faire comprendre concrètement que mon projet est aussi de proposer des prestations d'animation, et que son attitude me parait peu vendeuse, ce qui donne la vidéo incrustée dans ce message... chacun se fera une idée.
Je n'aurai pas le temps de lui montrer, c'est lui qui décide de partir en concluant que ces rythmes trop calmes ne lui permettent pas de s'exprimer pleinement et de jouer de façon plus énergique. Il plie ses affaires, et nous nous quittons avec une sensation de déception mutuelle malgré un sourire de façade... dommage, mais c'est aussi pour moi un soulagement qui m'évite de lui faire la leçon une fois de plus et de chercher une manière douce de le congédier. Au final aucun regret : en 1h de temps nous n'avions collecté que 2€ (pour deux !), aussitôt parti et voilà que les dons tombent et s'accumulent, au point de terminer avec 30€ pour 2h en solo ! La logique commerciale aura tranché, je préfère travailler moins pour gagner plus :-)
